Rencontres d’Averroès, une escale à Miramas

En amont du temps fort qui se déroule à Marseille à partir du 12 novembre, les 22èmes Rencontres d’Averroès « Méditerranée, un rêve brisé ? » ont fait escale à la médiathèque de Miramas jeudi 5 novembre pour une soirée en deux volets « Sur la piste grecque… ».
La médiathèque a choisi de proposer un éclairage sur l’actualité en Grèce, ainsi qu’une rencontre avec deux des réalisatrices d’un film sur les migrants pour qui ce pays est bien malgré lui une porte d’entrée dans l’espace Shenghen. Retour sur une soirée dense et riche.

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Conférence « Grèce – Europe occidentale : échanges et malentendus »
Olivier Delorme, historien et spécialiste des Balkans a exposé l’histoire contemporaine de la Grèce depuis l’indépendance afin de mieux éclairer la période actuelle et les enjeux pour les Grecs. En effet, pétris de culture classique, nous ignorons souvent que l’état grec est un état jeune, créé sur les ruines de quatre siècles d’occupation ottomane et régulièrement déstabilisé par de multiples ingérences étrangères. Il en résulte un rapport particulier des Grecs à leur état, qui oscille entre méfiance et résistance.

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Or l’histoire grecque contemporaine est une histoire tourmentée et ce dès 1912. Alors que la paix est en sursis en Europe occidentale, la Grèce est engagée dans une guerre balkanique avant la grande tourmente du conflit mondial suivie de la guerre greco-turque qui débouche sur la « grande catastrophe » de l’exode des Grecs d’Anatolie. En 1922, la Grèce qui compte 4 millions 7 d’habitants voit déferler une vague de 1 million et demi de réfugiés d’Asie mineure. Cet afflux massif va déstabiliser le pays pendant des décennies. En 1929, la crise va toucher la Grèce de manière particulièrement forte, et en 1936 une dictature de type fasciste prend les rênes du pays. La Seconde Guerre mondiale et l’occupation extrêmement cruelle rendent le pays exangue. Les Grecs sont entrés en résistance très tôt et de façon massive. Ils vont en payer le prix fort : 8,5 % de la population est décimée. La fin de la guerre ne signe pas pour autant le retour à la paix, puisque la guerre civile fait rage de 1944 à 1949 dans un pays ruiné.
Il faut attendre 1974 pour que la démocratie retrouve droit de cité, et jusque dans les années 50 et 60, les Grecs peuvent être inquiétés sérieusement et poursuivis pour des motifs politiques. Monarchie autoritaire, coup d’état militaire… le rétablissement de la démocratie en Grèce n’a que 40 ans !

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Dans ce contexte, l’engagement européen de la Grèce va se dérouler en deux temps. En 1961 est signé un premier accord d’association à la CEE. Le traité d’adhésion date de 1979, et le 1er janvier 1981 la Grèce entre dans la CEE. Or les Grecs sont très partagés sur leur entrée dans l’Europe. Parallèlement le pays met en place dans les années 70 des mesures de protection sociale. Mais la période n’est plus à la prospérité avec les chocs pétroliers qui touchent de plein fouet l’économie occidentale. L’état social grec est déjà financé par l’endettement.
Les années 80 et 90 sont une période d’europtimisme grâce à l’apport réel des fonds structurels européens. L’économie grecque décolle et se modernise. Cependant l’ouverture des frontières, l’élargissement de l’Europe aux anciens pays de l’Est et le passage à l’euro vont assombrir durablement le tableau. Grâce aux faibles taux d’intérêt, le crédit à la consommation s’envole et avec lui la déferlante de la spéculation, sans que l’état, bridé par la BCE, ne puisse intervenir.

Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ? Depuis 2009, les Grecs subissent le 12e paquet de mesures d’austérité, et le pays est entraîné dans un processus de paupérisation massif de la population avec les conséquences qui en découlent : augmentation des suicides et du taux de toxicomanie, émigration des diplômés, insécurité alimentaire, dégradation sanitaire et écologique, et entrée dans une période de crise politique permanente. 6,3 millions de Grecs vivent dorénavant autour du seuil de pauvreté. Triste constat pour un projet européen qui se voulait porteur de progrès.
Restez informé des dernières nouvelles en Grèce par le blog d’Olivier Delorme : analyse et décryptage.

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Projection « Et nous jetterons la mer derrière vous »
Documentaire de Anouck Mangeat, Noémi Aubry, Clément Julliard & Jeanne Gomas [France, 2015, 1h12].
Deux des réalisatrices, Anouck Mangeat et Noémi Aubry étaient présentes pour échanger avec le public à la suite de la projection. Difficile après un témoignage d’une telle intensité de prendre la parole. Le moment d’émotion passé, l’échange s’est engagé. Les réalisatrices ont expliqué leur démarche et les conditions du tournage. Dans le public, quelques personnes d’origine grecque ont réagi, et Olivier Delorme, qui vit en Grèce plusieurs mois de l’année, nous a livré une analyse plus distanciée. La soirée s’est clôturée sur l’intervention d’un des amis des réalisatrices, qui a connu un parcours similaire à ces migrants d’infortune. Il vit aujourd’hui en France.

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